Terre ou Mer, le dilemme dieppois...
Depuis le temps, tu nous connais, mon esprit de contradiction et moi, non ? Il a suffi qu’on mette le cap sur la Normandie (ses pêcheurs vendant sur les quais, ses plateaux de fruits de mer, ses soles à la crème, ses quintaux de crevettes grises…) pour que je m’entiche… d’un charcutier ! De Dieppe, où les chalutiers slaloment entre deux ferries partant pour Newhaven pour venir décharger leur cargaison d’iode près de l’ancienne criée, j’ai rapporté jambon blanc, d’York et persillé à se damner. La faute à Patrice et Catherine Houlbert qui pilotent la charcuterie Au Saint-Antoine, au milieu de la Grande rue de la ville dessinée par Napoléon III et Joséphine à l’époque où les bains de mer étaient hype…
Une charcuterie à l’ancienne : Madame en tablier blanc et joues couperosées, carrelage couleur saumon jusqu’au plafond, étagères en verre regorgeant de boîtes de conserve de petits pois Daucy rectangulaires, pommes dauphine maison (celles qu’on détrempait dans le jus du rôti de bœuf dominical de l’oncle paternel en 1983, 1984 et 1985…) , cuisses de canard confites méconnaissables sous une couche de gras épaisse comme un dossier d’instruction judiciaire de Charles Pasqua… Un peu le même trip que la Boucherie Roger, « notre » Boucherie Roger, de la rue Montorgueil… Do you remember ?
Notre cargaison de charcutaille maison fut dégustée (avalée, dévorée, engloutie) face à une mer digne d’un tableau d’Eugène Boudin, à Saint-Valéry-en-Caux, sous un ballet de mouettes qui auraient trouvé fort civil qu’on ne mange pas jusqu’au dernier bout de couenne… Peine perdue ! Lord above (comme ils disent de ton côté de l’océan !) existe-t-il quelque chose de meilleur qu’un sandwich au jambon sur le pouce ? En tranches bien épaisses, ça glissait sous la langue, embaumant le cochon frais et la douceur de l’enfance, et le persillé, sans la moindre trace ADN de gelée industrielle débordait de persil hâché… Raaaa! Ne manquait qu’un verre de bon rouge bien costaud !
PS : Pour le quota de poiscaille, t’inquiète, on s’est rattrapés, à l’Hôtel de la Terrasse, une bâtisse 1900, surgie d’un roman de Colette ou d’Agatha Christie au bout d'un petit chemin de Varengeville, entre deux pans de falaises crayeuses… Saumon fumé et gaufre à l’aneth, soupe de poissons maison, bar vapeur au beurre blanc irréprochables, savourés face à la mer déchaînée. A keeper !
















